TPE-PME et crise financière, les experts-comptables se mobilisent pour leurs clients

Synthèse de la conférence-débat du 6 novembre 2008


La conférence-débat s’est tenue à Paris devant plus de 100 participants, en présence d’intervenants de grande qualité que nous remercions encore:
Janin Audas, Président du CIP Paris-Ile-de-France
Jean-Marc Durand, Directeur du développement et de la stratégie, Oséo
Jean-Bertrand Drumen, Président du Tribunal de commerce de Nanterre
Joëlle Lasry, Cabinet Ricol, Lasteyrie et Associés
Patrice Ponmaret, Président de la Chambre des Indépendants du Patrimoine
Jérôme Sicot, Directeur du Marché des professionnels et des TPE, LCL
Jean-Luc Scemama, Président IFEC Paris Ile-de-France

Elle était animée par Nathalie Mourlot,rédactrice en chef adjoint L’entreprise.

Madame Lasry a ouvert les débats par un tableau macro-économique de la situation dont il ressort :
- un léger redressement des montants des crédits accordés au cours du 3eme trimestre2008 aux sociétés non financières
- un resserrement des critères d’octroi des crédits aux PME
- une hausse annuelle de +4,1% des défaillances d’entreprises sur 12 mois
- à pondérer par une augmentation de +5,6% des créations d’entreprises sur 9 mois 2008 vs 2007

Jean-Luc Scemama a présenté les résultats de l’enquête réalisée par l’IFEC dans les derniers jours d’octobre 2008 sur le thème « Crise financière : Les premiers constats des experts- comptables « et qui montre une inquiétude de nos clients mais aussi de nos confrères ainsi qu’un déficit d’information sur les mesures prises en faveur des TPE-PME. Les résultats complets de cette enquête peuvent être téléchargés sur le lien


Les débats ont portés sur les thèmes : état des lieux et perspectives et que proposer à nos clients ? Ils se sont conclus par des réponses aux questions posées par les participants et par les 4 recommandations de Jean-Luc Scemama sur les actions prioritaires à engager et qui sont reprises plus en détail sur le lien


Synthèse des propos des différents intervenants :

Monsieur Jérôme Sicot
Deux maitres mots, anticipation et prévention. Les banquiers ont horreur de se retrouver devant le fait accompli et les clients n’aiment pas souvent parler de leurs difficultés. L’expert-comptable a un rôle important à jouer en incitant ses clients à plus de transparence avec leurs banquiers et en préparant des prévisions de trésorerie à très court terme (3mois) en cas de difficultés. Il ne faut pas faire de sinistrose, conseiller du crédit reste le core business de nombreuses banques. Des comptes qui sont transmis très tard, un changement de date de clôture sont des signes négatifs vis-à-vis du banquier. Dans la situation actuelle, les entreprises peuvent négocier des lignes de crédit précautionnelles si leur situation est favorable. La dénonciation de concours bancaires n’est que l’aboutissement de la rupture de la relation avec le banquier. La procédure de dénonciation est très formalisée.

Monsieur Jean-Marc Durand
Les entreprises vont rentrer dans la crise, elle est inévitable et elle sera grave mais les entreprises, y compris les TPE, sortent d’un cycle haut qui a duré près de 10 ans, leurs fonds propres et leur trésorerie se sont améliorés de façon significative. On affrontera mieux cette crise si l’on anticipe et que l’on prévient. Le dispositif mis en place par Oséo est surtout destiné aux entreprises qui se portent bien mais qui vont traverser la tourmente. Avec la LME et les dispositions sur les délais de paiement, le BFR des entreprises doit se modifier et l’on va passer d’une économie de financement-vendeur à celle, plus anglo-saxonne, de financement-acheteur. La crise est en fait un facteur d’opportunité pour les entreprises. Innovation et internationalisation sont concomitants pas successifs. 80% des fonds d’Oséo sont destinés à des entreprises de moins de 50 salariés, le montant moyen des interventions est inférieur à 200K€ et se fait toujours avec les banques. Oséo est une structure de moins de 600 personnes et travaille en partenariat avec les banques et les experts-comptables. Le rôle des experts-comptables pour préparer les dossiers est primordial.
Les détails du plan de soutien aux PME mis en place par Oséo ainsi qu’une présentation d’actions communes OEC/Oséo figurent sur notre CD d’outils.


Monsieur Jean-Bertrand Drumen
Il ne faut pas céder au catastrophisme ambiant. Les experts-comptables ont un rôle déterminant à jouer pour détecter les difficultés de leurs clients, les inciter à rencontrer le Tribunal de commerce et les accompagner en préparant le dossier. Souvent les difficultés ne peuvent être surmontées car il existe de problèmes sociaux dans l’entreprise, un DRH en symbiose avec le personnel est un atout considérable. Le Tribunal de commerce a un devoir de détection des difficultés, de convoquer le chef d’entreprise, de le sortir de son isolement. Les nouvelles procédures conventionnelles (mandat ad hoc et conciliation) accroissent la culture de l’anticipation. Elles sont simples, souples, souvent confidentielles et d’un coût très raisonnable. Leur taux de réussite excède 50%.



Monsieur Patrice Ponmaret
Le point de vigilance est la trésorerie des entreprises, même si elle est structurellement excédentaire. La trésorerie a peut être été gérée de façon un peu trop dynamique ces derniers temps. Il ne faut pas hésiter à négocier avec son banquier des lignes de crédit pour les temps futurs et mobiliser ses actifs privés pour donner une garantie. La structure de la rémunération globale du chef d’entreprise doit être réexaminée. Il ne faut pas négliger le dispositif Dutreil pour la protection de la résidence principale.


Madame Joëlle Lasry
René Ricol, le médiateur du crédit nouvellement nommé, aura besoin du soutien des experts-comptables pour aider les entreprises à formuler leur dossier qui sera disponible en ligne. Le médiateur du crédit disposera de moyens avec notamment des relais régionaux, un site internet et une équipe dédiée. Les modalités détaillées du dispositif seront disponibles mi-novembre.

Monsieur Janin Audas
Le chef d’entreprise en difficulté attend toujours l’impossible et les experts-comptables laissent rarement un client en difficulté au bord du chemin. L’objectif des CIP, qui sont gratuits et surtout anonymes, est d’informer les dirigeants sur les procédures possibles mais pas de leur donner des conseils. Ces conseils doivent être apportés par l’expert-comptable à raison non seulement de son devoir de conseil mais aussi de sa responsabilité sociale. Les CIP n’ont pas de compétence territoriale.

Monsieur Jean-Luc Scemama
Tous nos intervenants ont signalé le rôle de l’humain dans la situation actuelle et j’y suis très attaché. L’expert-comptable a un rôle citoyen essentiel en favorisant le dialogue pour la prévention. Toute la difficulté est d’obtenir la bonne information du chef d’entreprise au bon moment. Les chefs d’entreprise en difficulté peuvent avoir tendance à ne pas se confier or l’habitude nous guette : si un client ne nous appelle pas, cela ne signifie pas forcément que tout va bien. Si nos collaborateurs sont en contact régulier avec nos clients, nous devons nous impliquer personnellement encore plus que nous le faisons habituellement. Dans la situation actuelle, il faut raccourcir le délai de production des comptes et mettre en place des outils de pilotages pour nos clients. Il ne doit pas y avoir d’arrêté de comptes 2008 déficitaires sans établissement de prévision. Ce travail d’anticipation par les experts-comptables est aussi un acte politique important.

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